La Madonne de la Scupiccia

Ce sont peut-être les pirates barbaresques qui, au 16ème siècle, ont capturé et coulé, à la marine des Prunete, un navire chargé d'une statue de la Vierge et de son autel à colonnes. On dit que cet autel et cette statue, sculptés à Florence, étaient destinés à la merveilleuse cathédrale de Cordoue, en Andalousie, l'ancienne Grande Mosquée consacrée à la Vierge en 1236 lorsque Ferdinand de Castille arracha la ville aux Musulmans. Philippe Grassi a écrit que des renseignements puisés à la bibliothèque de Gênes lui avaient appris que, sous le règne de Charles-Quint (1516-1558), trois villes d'Espagne avaient commandé trois autels en marbre en Italie avec, pour chacun d'eux, une statue (1). La statue, en marbre de Carrare, est très belle. La Vierge, mains jointes, a les yeux fixés vers le ciel.

 
 
Son regard, son attitude, les deux anges qui la soutiennent, donnent à l'ensemble une légèreté aérienne (2). Négligeant les blocs trop lourds de l'autel et les colonnes - qui furent récupérés en juillet 1927 par un marbrier bastiais - les Campulurinchi se saisirent de la statue et décidèrent de lui consacrer un culte. Le clergé la baptisa Madonna Santissima del Soccorso; la population l'appela, et l'appelle encore, tout simplement, A Madonna di a Scupiccia, du lieu dit où elle a été déposée. La légende raconte que les Cerviuninchi voulaient lui édifier une chapelle sur la butte du Fornellu qui domine le village, là où, plus tard, on construisit un oratoire à Saint Roch. La statue y fut déposée. Le lendemain, on la retrouva sur la crête de la Scupiccia, à 750 m d'altitude, à l'endroit où elle est actuellement et où, tous les ans, au 15 août, une neuvaine de prières attire les fidèles. Redescendue par deux fois au Fornellu, elle disparut nuitamment et on la retrouva sur la montagne. Sa volonté était manifeste: les Cerviuninchi la respectèrent. Cette statue, aujourd'hui classée par les Beaux-Arts, fut abritée dans une chapelle reconstruite au siècle suivant comme l'atteste l'inscription: MADONNA SANTISSIMA DEL SOCCORSO, il CAP. GIACOMO, 1649. La limite qui séparait les territoires de Cervioni et de Sant'Andria traversait la chapelle suivant son plus grand axe et cela semblerait expliquer la légende: les populations du sud de l'Utini n'ont pas permis aux Cerviuninchi de se réserver la fameuse trouvaille. Depuis, un remaniement du cadastre a englobé, par un ressaut, l'église et le terrain qui l'entoure dans la commune de Cervioni. Quoi qu'il en soit de la légende, il faut souligner que l'église de la Scupiccia, comme toutes celles de la montagne corse, est un jalon sur une ancienne voie de communication. Mieux, elle est située à un carrefour; c'est là que divergeaient les chemins qui menaient les Cerviuninchi vers l'Alisgiani, le Haut-Moriani, Orezza et Corti.

(1) Voir l'article "Cervione" signé P.G., in "Le Petit Marseillais" du 27 sept. 1924.

(2) "Cette statue est assez jolie, quoique un peu maniérée": M. de MONTHEROT, "Promenades en Corse", Paris-Lyon 1840.- "C'est une oeuvre d'art qui remonte à la bonne époque du commencement du XVIe siècle. Les deux petits anges sont admirables de grâce, de modelé et de naïveté": Léonard de SAINT-GERMAIN, "La Corse", Hachette 1869.- "La belle statue de marbre que l'on dirait sortie des mains de Michel-Ange, tant elle est de forme parfaite...": Michelis de RIENZI, "Croquis corses", lib. Charles, Paris 1903.- "Cette oeuvre charmante qui rappelle la grâce facile du chef-d'oeuvre du chevalier Bernin, Apollon et Daphnée... Une des beautés de la statuaire florentine": Dr Henry AURENCHE, "Sur les chemins de la Corse", Perrin éd., Paris 1926.- "On y devine la pureté de l'art florentin du XVIe siècle": Mgr Llosa, "La reine Immaculée de la Corse ", 1954.

Extrait de la Monographie du Campuloru : "Cervioni et le Campulori au fil des ans" , d'Antoine-Dominique MONTI, rédigée en 1982 et relue en 1994, publiée en Décembre 2002 aux éditions Stamperia SAMMARCELLI

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A Scupiccia : un pèlerinage et une fête

Chaque année le 14 Août, des animations musicales ont lieu devant la chapelle de la Madonne et sur tout le plateau de la Scupiccia campent des jeunes de villages alentours. Des buvettes sont à la disposition de tout un chacun. L'ambiance est au rendez-vous toute la nuit.

Le 15 Août, les fidèles venus en pèlerinage peuvent assister à la messe annuelle.
La convivialité et la bonne humeur sont au rendez-vous, mais le plus important dans cette expédition au coeur de la montagne est la beauté de la vue panoramique qu'offre la Scupiccia sur toute la plaine orientale.

Il existe deux chemins d'accès à la Scupiccia :

Le premier par Cervioni offre une large route balisée où marcheurs et véhicules se croisent sans se gêner. Une navette fait l'aller-retour ce qui permet aux personnes ayant des difficultés pour marcher de pouvoir monter à la chapelle.

Le second chemin d'accès se situe à Ciglio sur la commune de San Andria di u Cotone à environ 5 Kms de Cervioni. On ne peut y accéder en véhicule,
il faut prévoir des chaussures adéquates, mais les paysages traversés sont d'une grande beauté et d'une grande diversité. Bien entendu le chemin est balisé par des flèches indiquant la bonne direction.

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