Le couvent Saint François

En 1861, le gouvernement achète le domaine de Casabianda et y transfère le pénitencier de Chiavari où la malaria faisait des ravages. La mortalité y est plus forte encore. L'année suivante, le ministère de l'intérieur se fait céder le couvent pour servir de refuge d'été et d'infirmerie au pénitencier. L'état civil de Cervioni garde les traces de l'excessive mortalité qui sévissait parmi les prisonniers : 4 décès en 1862, 63 en 1863, 59 en 1864, 80 en 1865, 25 en 1866, 3 en 1867, 33 en 1876, 17 en 1877, 2 en 1878, 5 en, 1879, 12 en 1880 (entre temps, le refuge avait été transféré à Marmanu).

En 1884, le pénitencier ayant été supprimé, l'administration des Domaines est chargée de vendre le couvent. La commune de Cervioni voudrait bien l'acheter mais, appauvrie par les ravages du phylloxéra et de l'oïdium, elle dispose de peu de moyens. Elle désire pourtant arrêter l'émigration et sauver son économie. L'acquisition du couvent fait partie d'un plan de régénération. La bâtisse serait louée pour l'élevage de vers à soie, la préparation des feuilles de tabac et la fabrication du vin par un industriel qui achèterait le raisin lorsque les vignes seraient reconstituées. Une lettre du directeur des Domaines, en date du 16 mars 1889, donne son accord pour une vente à l'amiable à condition que l'opération soit déclarée d'utilité publique. Le 18 mai, le Conseil municipal adresse une demande en ce sens.

L'année suivante, Sadi Carnot visite la Corse. Le 10 avril, la municipalité, qui n'a pas encore reçu satisfaction, adresse une requête au préfet pour qu'il la transmette au président de la République. Cette fois, il est encore question de transformer le couvent en un établissement industriel destiné à la préparation première des produits agricoles : distillation des plantes aromatiques, décorticage et cardage de la ramie si sa culture peut être introduite dans le canton. Il s'agissait d'une fibre nouvelle importée de Chine et destinée à la fabrication des billets de banque. Lorsque, en 1882, les premiers faux billets étaient apparus, la Banque de France s'en était assuré l'exclusivité. Les premiers billets en papier de ramie sortiront deux ans après la requête de la municipalité de Cervioni.

Hélas ! Ce cri de détresse ne fut pas entendu et le couvent resta propriété nationale. En 1914-1918, il reçut des prisonniers de guerre. En 1939, après avoir abrité le 7ème R.T.M., il servit de centre mobilisateur. Après la guerre, sa vente fut enfin décidée. La municipalité de l'époque n'ayant rien fait pour l'acquérir, il devint la propriété de la société de Saint-Vincent de Paul de Bastia qui l'utilisa pour ses œuvres de jeunesse, avant de le revendre une quarantaine d'année plus tard à la commune de Cervioni.

De nos jours le couvent est utilisé pour diverses animations (foires, concerts, mariages, etc…)

1 - 2